Les Etats-Unis ont réussi à éviter la faillite d'American International Group en annonçant mardi soir sa prise de contrôle. Ce sauvetage public intervient deux jours après le refus d'aider Lehman Brothers, contrainte ainsi de déposer son bilan et dont certains actifs vont être rachetés par la banque britannique Barclays.
L'Etat américain se résigne à prendre le contrôle de près de 80% du capital de l'assureur et, en échange, lui accorde un prêt de 85 milliards de dollars sur deux ans.
Cela n'a convaincu qu'à moitié les marchés asiatiques qui ont fini sur une note mitigée malgré le rebond de Wall Street qui avait dès mardi pris en compte les rumeurs de sauvetage de l'assureur.
La Bourse de Tokyo a terminé en-deçà de ses plus hauts du jour, l'indice Nikkei ne regagnant que 1,2%, tandis que la Bourse de Hong Kong perdait 3,14%.
"Si AIG avait été au tapis, cela aurait eu d'immenses répercussions sur le système, explique Takashi Kamiya, économiste chez T&D Asset Management. "Mais cette nouvelle ne peut à elle seule pousser le marché. Une nouvelle hausse du marché sera difficile parce que les investisseurs sont devenus allergiques au risque avec la crise du crédit."
LES BANQUES EN DIFFICULTÉ POUR SE FINANCER
En Europe, le rebond des trois grands marchés, Paris, Londres et Francfort, apparaît aussi timide et hésitant, tandis que les marchés boursiers russes enregistraient leur pire déclin en au moins une décennie.
Les transactions sur le Micex et le RTS ont été suspendues après des chutes de 10% et 6% de leurs indices respectifs. Depuis son pic de mai, le RTS affiche un recul de près de 60%.
Par ailleurs, la banque centrale russe a injecté un record de 340 milliards de roubles de fonds à un jour.
Pendant ce temps, les banques continuent d'avoir d'extrêmes difficultés à se financer à court terme, tandis que nouvelles déconfitures bancaires ne sont pas exclues.
La banque HBOS, numéro un britannique du crédit immobilier, pourrait être reprise par sa compatriote Lloyds TSB, apprend-on de source proche du dossier.
Dans ce contexte de grande méfiance, les taux interbancaires en dollar tels que mesurés par le London interbank offered rates (Libor) ont été de nouveau indiqués en hausse mercredi, à quelque 8%, avant de revenir dans la zone 3%-5%.
Il s'agit toutefois d'un niveau inférieur au pic de plus de 10% atteint la veille en séance par le Libor, mais supérieur aux taux de référence de la Réserve fédérale américaine, maintenu mardi inchangé à 2%.
Pour les prêts en euro, l'Euribor de référence était à nouveau à la hausse en fin de matinée. Le taux à une semaine est monté à un plus haut de neuf mois à 4,504%, contre 4,494% mardi, tandis que le taux à trois mois était au plus haut depuis huit ans à 4,973% et que le taux à six mois touchait un niveau sans précédent de 5,202%.
LES BANQUES ASIATIQUES INTERVIENNENT À NOUVEAU
"La crise financière est toujours aussi violente et la fin n'est pas en vue, ce qui ne manque pas de nous causer des soucis", a déclaré mercredi Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe après l'annonce du sauvetage d'AIG.
Le pire de la crise financière est peut-être encore à venir et d'autres grands noms de la finance pourraient se retrouver prochainement dans une "situation difficile", a renchéri Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international (FMI).
Il a confirmé la prévision de l'institution disant que la crise financière coûterait 1.000 milliards de dollars. Les Etats-Unis ont pour leur part déjà déboursé 900 milliards de dollars cette année en mesures de sauvetage.
En Asie, le Japon, l'Australie et l'Inde ont jugé nécessaire d'injecter encore 33 milliards de dollars sur les marchés monétaires, tandis qu'en Chine, le Quotidien du Peuple dans sa version étrangère appelait à la création d'un nouvel ordre financier mondial "juste" qui ne soit plus dépendant des Etats-Unis.
Selon un professeur de l'université Tongji de Shanghai cité par le journal, la faillite de Lehman Brothers pourrait augurer d'un "tsunami financier" encore plus important que la crise actuelle.
Les déboires des établissements financiers en difficultés sont d'ores et déjà une aubaine pour certains concurrents. Ainsi, l'opération de reprise de certains actifs de Lehman par Barclays pour 1,0 milliard de livres est considéré par les marchés comme très intéressante. L'action Barclays gagnait plus de 10% mardi à la mi-journée.
"C'est l'occasion d'une vie", a déclaré Bob Diamond, le responsable de Barclays Capital.
Tony Munroe, Chikako Mogi, version française Danielle Rouquié
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