BERLIN, 7 janvier (Reuters) - Plusieurs partis d'opposition en Allemagne demandent l'abrogation d'une nouvelle loi contre les propos appelant à la haine sur les réseaux sociaux, expliquant qu'il n'appartenait pas à des entreprises privées de déterminer le caractère délictueux de certaines déclarations.

La loi, entrée en vigueur le 1er janvier, prévoit une amende pouvant aller jusqu'à 50 millions d'euros contre des sites qui ne prendraient pas les dispositions nécessaires pour retirer rapidement des déclarations appelant à la haine.

Cette mesure laisse craindre que les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook adoptent des positions plus restrictives que nécessaire.

Pour l'instant, Twitter s'est contenté de retirer des messages du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) visant les musulmans et les migrants. A également été bloqué un magazine satirique, Titanic, qui se livrait à une parodie des commentaires de l'AfD.

Nicola Beer, secrétaire général des libéraux du FDP, a déclaré au Welt am Sonntag que les instances judiciaires devaient disposer des instruments nécessaires pour faire appliquer cette loi plutôt que d'en confier la charge aux opérateurs de plates-formes.

"Les derniers jours ont clairement montré que les fournisseurs privés n'étaient pas toujours en mesure de prendre les bonnes décisions quand il s'agit de déterminer si des déclarations potentiellement délictueuses sont illégales, satiriques ou simplement l'expression d'un mauvais goût qui doit malgré tout être toléré en démocratie", a-t-il expliqué.

Selon lui, cette nouvelle loi devrait être remplacée par une autre.

Simone Peter, chef de file des Verts, a expliqué dans le même journal qu'il n'était pas acceptable que des entreprises américaines puissent influencer la liberté d'opinion et de la presse en Allemagne. Elle faisait référence à la suspension du compte de Titanic.

Pour elle, des réseaux comme Twitter doivent endosser une part de la responsabilité des messages postés mais "sans se voir octroyer le rôle de juge".

Sahra Wagenknecht, chef du groupe parlementaire de Die Linke, a déclaré au groupe de presse Funke que sa formation était favorable à un abandon de la loi.

"La loi est un camouflet à tous les principes démocratiques parce que, dans un Etat constitutionnel, ce sont les tribunaux et non les entreprises qui déterminent ce qui est légal et ce qui ne l'est pas", a-t-elle dit.

(Michelle Martin et Holger Hansen; Pierre Sérisier pour le service français)