On dirait bien que les grands espoirs placés dans les résultats d'entreprises américaines sont en train d'être déçus. Ou bien que les investisseurs profitent de chiffres moins flamboyants que prévu pour opérer un repli tactique. En finance, il est souvent difficile de déterminer qui est la poule et qui est l'œuf. Une chose est sûre, le marché a fait une omelette de Nasdaq et une brouillade de S&P500 hier. L'indice technologique américain s'est effondré de 3,65% en clôture, avec quelques victimes expiatoires réputées, comme Tesla (-12%), Nvidia (-6,8%) et Alphabet (-5%). Il paraît que le monde financier se rend compte qu'il a mis la charrue avant les bœufs sur l'intelligence artificielle et que toute cette hype, que d'aucuns appellent une bulle, est sur le point d'éclater. Ce n'est pas la première fois que cette hypothèse est mise en avant, mais les technophiles ont à chaque fois repris le dessus assez rapidement. Sera-ce différent cette fois-ci ?
Le S&P500 n'a pas beaucoup mieux résisté que le Nasdaq en lâchant 2,3%. Seuls les secteurs ennuyeux comme la santé, les services collectifs et les télécoms ont véritablement tiré leur épingle du jeu. J'ai lu quelque part, j'espère que l'auteur me pardonnera de ne plus avoir la référence, que l'indice large américain vient de mettre fin à sa plus longue série sans aucune baisse de plus de 2% depuis 15 ans, c’est-à-dire depuis la crise des subprimes. J'ai dû remonter à février 2023 pour retrouver une trace d'une baisse de 2% sur le S&P500, et à décembre 2022 pour un chiffre supérieur à 2% (donc la série sans baisse de plus de 2% a duré quelque chose comme 17 mois).
Hormis les secteurs défensifs précités, il n'y avait pas beaucoup d'endroits où se cacher aux Etats-Unis hier. Les petites valeurs, qui ont bénéficié d'un report marqué depuis la deuxième semaine du mois de juillet, ont, elles aussi, perdu plus de 2%. Les spécialistes s'interrogent depuis quelques jours sur le fait de savoir si c'est une simple rotation entre actifs ou un mouvement plus général. Et comme on parle de finance, ces spécialistes ne sont ni pour, ni contre, bien au contraire.
En Europe, les signaux envoyés par les entreprises n'étaient pas vraiment positifs depuis quelques jours. En un sens, ils préfiguraient un peu ce qui se produit aux Etats-Unis, en tout cas dans certains compartiments du marché. Le déclassement des valeurs du luxe pèse lourdement sur la Bourse de Paris, par exemple. Les performances de LVMH sont rentrées dans le rang, ce qui rend, au moins provisoirement, le dossier des plus ordinaires. Le titre a perdu 4,4% hier et contribué à ramener le CAC40 en territoire négatif en 2024. Le nouvel avertissement lancé hier soir par Kering ne devrait pas arranger les choses. Ça craquouille un peu partout, à tel point qu'à Paris, ce sont Orange et Sanofi qui ont permis de limiter la casse. Depuis hier soir, une nouvelle série de révisions en baisse d'objectifs est venue renforcer une pile déjà assez haute : Ford, Nestlé, Renesas et STMicroelectronics, pour ne citer que les plus emblématiques. Et Kering, donc. On notera que deux grosses entreprises ont relevé leurs prévisions ce matin : Roche et Sanofi, comme une prophétie auto-réalisatrice que les dossiers défensifs n'ont pas l'intention de se laisser impressionner.
Le cocktail entre des valorisations élevées et une reprise économique qui semble incertaine en dépit des baisses de taux qui se profilent en Europe et aux Etats-Unis a renforcé la nervosité. L'indice VIX, qui mesure la volatilité du marché, a repassé le cap des 18 points pour la première fois depuis avril. Les secteurs qui cristallisent les craintes sont les semiconducteurs et par ricochet toute la technologie, l'automobile et la consommation cyclique.
Comme les résultats d'entreprises n'apportent pas le soutien escompté, peut-on compter sur la macroéconomie ? J'ai envie de répondre "joker". L'Europe a démarré son cycle de baisse de taux mais marche encore sur des œufs, par crainte de reprise inflationniste. Les Etats-Unis sont censés commencer à réduire la pression en septembre, ce qui explique le rebond des petites valeurs récemment. Il y a de fortes attentes sur les banques centrales, une fois de plus.
Tiens, justement : en Chine, PBOC a pris une seconde décision inattendue en quatre jours, en réduisant de 20 points de base le taux de la facilité de prêt à moyen terme (MLF) à 1 an, qui passe de 2,5% à 2,3%. Double surprise sur le calendrier et sur l'ampleur, explique l'économiste d'ING Lynn Song, qui pense que le pays cherche à revigorer son économie au second semestre, parce que l'objectif de croissance du PIB de 5% cette année est en péril. Est-ce que ce nouveau coup de pouce a déclenché une fiesta endiablée à Hong Kong et à Shanghai ? Réponse : pas pour l'instant, puisque le CSI300 perd 0,6% et que le Hang Seng recule de 1,5%, plombés par la baisse de Wall Street.
Côté Etats-Unis, la publication de la première estimation du PIB du second trimestre, à 14h30, constituera la principale donnée du jour, noyée au milieu d'une nouvelle avalanche de publications de résultats d'entreprises.
En Asie Pacifique, la correction s'intensifie au Japon où le Nikkei 225 perd 3%, pris en étau entre la méforme des actions américaines et le renforcement du yen. La Corée du Sud abandonne 1,5%, l'Australie 1,2% et l'Inde 0,5%. C'est Taiwan qui s'en sort le mieux, mais pas pour des raisons financières : la bourse est fermée depuis deux jours à cause d'une alerte cyclonique. Les indicateurs avancés sont baissiers en Europe.
Le CAC40 démarre la séance en baisse de 1,45% à 7404 points. Le SMI abandonne 0,6% à 12 122 points. Le Bel20 gagne 0,5% grâce à a hausse de 5,6% d'ArgenX.
Les temps forts économiques du jour
La journée débutera avec la confiance dans les affaires en France (8h45), suivie par les données sur la masse monétaire M3 de la zone euro et le climat des affaires IFO en Allemagne (10h00). Plus tard, aux Etats-Unis, les commandes de biens durables, le PIB annualisé et les nouvelles demandes d'allocations-chômage seront disponibles à 14h30. Tout l'agenda ici.
L'euro recule à 1,0843 USD. L'once d'or rechute à 2372 USD. Le pétrole se stabilise, avec un Brent de Mer du Nord à 81,10 USD le baril et un brut léger américain WTI à 77,01 USD. Le rendement de la dette américaine sur 10 ans atteint 4,26%. Le bitcoin se négocie 64 000 USD.
Les principaux changements de recommandations
- Ascential Plc : Barclays dégrade de surpondérer à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 375 à 570 GBX.
- BNP Paribas : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d'accumuler et relève l'objectif de cours de 73,90 à 74,30 EUR. Barclays maintient sa recommandation de surpondérer et relève l'objectif de cours de 87 à 88 EUR. Citigroup maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours réduit de 78 à 76 EUR. RBC Capital maintient sa recommandation de surperformance avec un objectif de cours relevé de 77 à 79 EUR.
- Carrefour : Barclays maintient sa recommandation de surpondérer et réduit l'objectif de cours de 20 à 19 EUR. Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 21 à 18 EUR.
- Covivio : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 59,90 à 62,50 EUR.
- Edenred : Citigroup reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 45 à 40 EUR.
- EFG International Ag : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation accumuler avec un objectif de cours relevé de 15,10 à 15,30 CHF.
- Forvia (Ex-Faurecia) : BNP Paribas Exane maintient sa recommandation de surperformance et réduit l'objectif de cours de 18 à 16 EUR.
- Gecina : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 114,70 à 122,80 EUR.
- Givaudan : Citigroup maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 4160 à 4750 CHF.
- Hermès International : CICC maintient sa recommandation de surperformance et réduit l'objectif de cours de 2600 EUR à 2200 EUR.
- Kering : Goldman Sachs maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours réduit de 305 à 270 EUR. JP Morgan maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours réduit de 325 à 285 EUR. Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 340 à 300 EUR. Morgan Stanley maintient sa recommandation de pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 365 à 310 EUR.
- Logitech International : BNP Paribas Exane maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours relevé de 77 à 81 CHF.
- LVMH : CICC maintient sa recommandation de surperformance et réduit l'objectif de cours de 850 à 780 EUR.
- Metso Outotec : Inderes passe d'accumuler à acheter avec un objectif de cours réduit de 11,50 à 11 EUR.
- Michelin : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 37 à 38 EUR. HSBC maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 40 à 41,50 EUR.
- Nexity : Bernstein maintient sa recommandation de surperformance et réduit l'objectif de cours de 18 à 15 EUR.
- Orange : JP Morgan maintient sa recommandation de surpondérer et réduit l'objectif de cours de 14,60 à 14,40 EUR. Nextgen Research maintient sa recommandation de surperformance et relève l'objectif de cours de 10,50 à 11 EUR.
- Publicis Groupe : Deutsche Bank maintient sa recommandation de conserver avec un objectif de cours relevé de 92 à 98 EUR.
- Repsol : RBC Capital dégrade de surperformance à performance de secteur avec un objectif de cours réduit de 18 EUR à 16 EUR.
- Ryanair Holdings : Zacks dégrade de sousperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 125 à 80 USD.
- Rémy Cointreau : Barclays maintient sa recommandation de souspondérer avec un objectif de cours réduit de 74 à 68 EUR.
- Sartorius Stedim Biotech : Berenberg maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 243 à 182 EUR.
- SGS SA : Barclays maintient sa recommandation de souspondérer et relève l'objectif de cours de 83 à 91 CHF.
- Solutions 30 : Marex SA passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 6 EUR à 2,30 EUR.
- Universal Music Group : Barclays dégrade de surpondérer à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 31 EUR à 26 EUR. Guggenheim dégrade d'acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 32 EUR à 27,50 EUR.
En France
Annonces importantes (et moins importantes)
- Les résultats de Kering sont en berne au T2, ce qui entraîne un nouvel avertissement.
- Sanofi revoit à la hausse ses prévisions 2024.
- TotalEnergies enregistre une hausse des bénéfices au deuxième trimestre grâce à l'augmentation des prix du pétrole.
- Renault confirme ses prévisions 2024 après avoir amélioré sa marge au S1.
- Stellantis manque ses prévisions avec une baisse du chiffre d'affaires et du résultat d'exploitation au premier semestre.
- Michelin confirme ses prévisions mais doit encore restructurer ses activités en Europe.
- Dassault Systèmes confirme ses objectifs pour 2024 récemment abaissés.
- Carrefour améliore sa rentabilité au premier semestre.
- STMicroelectronics revoit pour la deuxième fois à la baisse ses perspectives 2024.
- Accor relève son objectif de RevPar pour 2024.
- Unibail maintient son objectif de rentabilité annuel.
- Air France-KLM publie des résultats inférieurs aux attentes pour le deuxième trimestre, en raison des pressions exercées sur les prix du carburant et les coûts.
- Elis se montre plus optimiste pour ses perspectives de croissance et de marge en 2024.
- Ipsen signe un accord exclusif de licence hors Etats-Unis avec Day One pour le tovorafénib.
- Avertissements sur objectifs : Verallia, Ipsos, Solutions 30.
- Spie annonce l'acquisition de trois sociétés en France.
- Les consignes automatiques Parcel Pending by Quadient équipent désormais plus de 250 universités américaines.
- Metavisio reçoit une commande de 19,7 M$ en Chine.
- Lumibird reçoit des commandes additionnelles de Thales.
- Safe Orthopaedics envisage de fusionner avec SpineUp.
- Les principales publications du jour : Bureau Veritas, Sopra, JCDecaux, Seb, Fnac Darty, GTT, Eurazeo, Alten, Carmila, Mercialys, Neoen, Eramet, VusionGroup, Unibel, Vicat, TF1 et plein d'autres… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- Nestlé réduit sa prévision de croissance organique.
- Roche relève ses prévisions de bénéfices pour 2024 grâce aux ventes de médicaments.
- British American Tobacco dépasse ses prévisions de bénéfices pour le premier semestre.
- AstraZeneca revoit à la hausse ses perspectives pour l'ensemble de l'année en raison de la demande soutenue de thérapies.
- Le chiffre d'affaires de Siltronic chute de 14% au premier semestre en raison de la faiblesse de la demandec.
- Le bénéfice de l'entreprise pharmaceutique suisse Lonza est affecté par la faiblesse du marché des gélules et par des coûts exceptionnels.
- La croissance de Vodafone ralentit au premier trimestre en raison d'un recul en Allemagne.
- Nordex relève ses prévisions après la croissance de ses résultats semestriels.
- Vidrala prévoit une légère augmentation de son bénéfice net en 2024 après l'acquisition au Brésil.
- Anglo American procède à une dépréciation de 1,6 milliard de dollars sur la mine de Woodsmith.
- Unilever vend sa participation dans Truliva. Unilever enregistre une hausse de 3,9% de ses ventes sous-jacentes au deuxième trimestre.
- Dormakaba étend ses activités dans le secteur des aéroports.
- Les principales publications du jour : Nestlé, Hermès International, Roche Holding, AstraZeneca, TotalEnergies, Sanofi, Unilever, EssilorLuxottica, Stellantis, Enel, Vinci, British American Tobacco, Dassault Systèmes, Lonza, Lloyds Banking Group, STMicroelectronics, Saint-Gobain, Anglo American, Verbund, ArgenX, Vodafone, UCB, Neste, Galderma, Rentokil, Bureau Veritas, BT Group, Julius Bär, BE Semiconductor, Unibail-Rodamco-Westfield, Vivendi, Renault…
Des Amériques
- Les publications positivement accueillies : Molina (+11%), Servicenow (+6%), IBM (+4%), KLA (+4%), Chipotle (+4%).
- Les publications négativement accueillies : Edwards Lifesciences (-20%), Ford (-11,5%), Waste Management (-4%), O'Reilly (-3%).
- Le géant de la logistique Lineage lève 4,45 milliards de dollars lors de sa plus grosse introduction en bourse en 2024.
- Bank of America lance un rachat d'actions de 25 Mds$.
- Textron serait sur le point d'acheter le programme de fuselage de Spirit Aero pour l'avion militaire V-280.
- CrowdStrike donne des précisions sur le bug qui a causé la panne informatique.
- Les principales publications du jour : AbbVie, Honeywell International, Union Pacific Corporation, RTX Corporation, Northrop Grumman, Arthur J. Gallagher, Carrier Global, Royal Caribbean Group, L3Harris Technologies, Dow, PG&E Corporation, Nasdaq, Baker Hughes, Vale, Deckers Outdoor…
D'Asie Pacifique et d'ailleurs
- Renesas plonge de 16% après ses trimestriels.
- Le bénéfice de LG Energy Solution recule au T2, mais le titre tient bon.
- Toyota repousse le lancement d'un SUV aux États-Unis en raison d'une pénurie de pièces de production.
- Les principales publications du jour : Chugai Pharmaceutical, LG Energy Solution, Fortescue, Renesas Electronics, Adani Green Energy Limited, Fujitsu, Kia, Canon…
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Le marché de l'immobilier est en panne pour tout le monde aux Etats-Unis, sauf pour les ultra-riches (Bloomberg, en anglais).
- Le marché de l'emploi le plus dynamique depuis une génération est terminé (Wall Street Journal, en anglais).
- Jean-Marc Jancovici : "L’essentiel du progrès technique n’est pas fait pour résoudre les problèmes d’environnement" (Le Monde).
- Annecy : derrière la carte postale, l’ombre du surtourisme (The Conversation).
- Kamala Harris et la menace d'un rire de femme (The Atlantic, en anglais).
- La Chine exporte son État de surveillance de l'IA (Project Syndicate, en anglais).


















