* La "trêve" devrait être suivie de négociations avec l'opposition

* Fabius et ses homologues allemand et polonais attendus jeudi matin à Kiev

* L'Union européenne et les USA brandissent la menace de sanctions

* Au moins 26 morts et plus de 600 blessés dans les violences de mardi et de la nuit qui a suivi

* Obama met en garde contre les "conséquences" des pires violences depuis le début de la crise

par Natalia Zinets et Richard Balmforth

KIEV, 19 février (Reuters) - Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé tard mercredi soir avoir conclu une "trêve" avec l'opposition et ajouté, quelques heures à peine avant une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne consacrée à d'éventuelles sanctions, que des négociations allaient débuter.

L'accord négocié alors que l'Ukraine a basculé dans la violence dans la journée de mardi puis dans la nuit qui a suivi prévoit en premier lieu une trêve avant "le lancement de négociations avec l'objectif de mettre fin aux effusions de sang et stabiliser la situation dans l'intérêt de la paix sociale".

Dans un communiqué, la présidence ukrainienne indique que l'accord a été négocié avec les trois principaux chefs de file de la contestation, l'ancien ministre de l'Economie Arseni Iatseniouk, l'ex-boxeur Vitali Klitschko qui dirige le parti libéral Oudar et le nationaliste Oleh Tiahnibok.

Cette trêve est annoncée quelques heures avant la venue à Kiev de Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, et de ses homologues allemand Frank-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski, attendus ce jeudi matin à Kiev, avant une réunion à partir de 15h00 (14h00 GMT) à Bruxelles des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.

Les ministres des Vingt-Huit devraient évoquer de possibles sanctions ciblées contre les responsables des violences de mardi.

Selon des responsables de l'UE, Ianoukovitch ne sera pas visé par ces sanctions, et ce afin de laisser des possibilités de dialogue. En revanche, les avoirs de certains responsables pourraient être gelés, de même que leurs facultés à voyager seraient limitées.

Aux Etats-Unis, où Barack Obama a mis en garde sur les "conséquences" des violences et demandé à ce que "l'armée ukrainienne n'intervienne pas dans un ensemble de problèmes qui devraient être résolus par les civils", un responsable du département d'Etat a indiqué que l'administration était prête à imposer des restrictions de visa à vingt hauts responsables du gouvernement ukrainien et à examiner d'autres sanctions en coordination avec les Européens.

"L'ASSAUT SUR MAÏDAN N'AURA PAS LIEU"

La trêve annoncée par Ianoukovitch pourrait également signifier que les forces de sécurité, qui ont repris dans la nuit de mardi à mercredi une partie de la place de l'Indépendance, le coeur de la contestation ukrainienne depuis trois mois, ne repasseront pas à l'offensive dans les heures à venir.

"L'assaut sur 'Maïdan' (ndlr, le surnom de la place) que les autorités avaient prévu aujourd'hui n'aura pas lieu", a commenté Arseni Iatseniouk.

"Une trêve a été déclarée. L'essentiel est de protéger les vies humaines", a ajouté le chef du parti Batkivchtchina (Mère-Patrie).

Dans la journée de mercredi, le pouvoir semblait pourtant avoir choisi la fermeté.

Fort du soutien de Moscou et malgré les premières menaces de sanctions de l'Union européenne, Ianoukovitch avait dénoncé en fin de matinée une tentative illégale de prise du pouvoir par "certains hommes politiques" tandis que le Service de sécurité d'Etat (SBU) annonçait le déclenchement d'une "opération antiterroriste" à travers le pays. (voir )

Les violences de mardi et de la nuit qui a suivi, les plus meurtrières depuis l'indépendance ukrainienne acquise en 1991 de l'URSS, ont fait au moins 26 morts et plus de 600 blessés. Elles ont suscité de très vives condamnations de la part des Européens et des Américains.

"Les images que nous recevons depuis hier sont choquantes", a dit la chancelière Angela Merkel à l'issue du conseil des ministres franco-allemand mercredi à l'Elysée. "Il se produit en Ukraine des actes inqualifiables, inadmissibles, intolérables", a estimé pour sa part François Hollande

La Russie a promis quant à elle d'utiliser son influence pour ramener la paix chez un "Etat frère" et a dénoncé des violences qui sont selon elle le fait "d'extrémistes" tentant de fomenter un coup d'Etat.

Sur Maïdan, la place de l'Indépendance à Kiev réduite à l'état de champ de bataille, de la fumée noire continuait de s'élever de la Maison des syndicats, l'ancien QG des manifestants, incendiée pendant les affrontements qui ont éclaté mardi matin près du siège du parlement dans un premier temps et se sont prolongés jusqu'à l'aube mercredi.

RENVOI

Pour retrouver une CHRONOLOGIE de la crise ukrainienne, double-cliquer sur (avec Pavel Polityuk et Marcin Goettig à Kiev, Alexandra Hudson à Berlin, Steve Holland à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Adrian Croft à Bruxelles, Marine Pennetier à Paris et Mark Felsenthal à Taluca; Bertrand Boucey, Tangi Salaün, Simon Carraud, Jean-Stéphane Brosse, Julien Dury et Henri-Pierre André pour le service français)