Commençons par ça, puisque le sujet va prendre de plus en plus de place à mesure que les élections de mi-mandat se rapprochent aux Etats-Unis (le 3 novembre, dans 27 jours). Lors d'un meeting dans le Nebraska, Donald Trump a joué la provocation en suggérant qu'il y a un prix à payer pour mettre l'Iran au pas, même si cela signifie rayer de la carte des villes comme Los Angeles ou San Diego. Son aversion pour la Californie démocrate n'est pas nouvelle, pas plus que sa stratégie de diviser pour mieux régner, à l'heure où le scrutin s'annonce mal pour son camp. Les instituts de sondage, qui s'étaient plantés lors de la présidentielle, et les marchés prédictifs comme Kalshi et Polymarket, qui avaient eu raison, sont cette fois d'accord : les outrances du président retournent moins bien l'opinion que par le passé. "A ce stade, cet homme pourrait péter dans le Bureau ovale tout en étranglant l'aigle américain et la moitié du pays se demanderait encore si l'aigle avait été suffisamment patriote", résume l'ancien cadre du Pentagone Brian Del Monte, dans un billet acéré sur son blog The Long Memo.

Mais laissons là la politique américaine un instant, pour revenir sur le contexte financier. Les données d'entrée n'ont pas beaucoup évolué ces derniers jours. Toutefois, la poursuite de la hausse des indices actions a été permise par une détente relative sur les taux longs, qui s'est manifestée aux Etats-Unis et surtout en Europe, où l'indicateur du risque préféré des marchés, l'écart entre le coût de la dette française et de la dette allemande, s'est un peu dégonflé. Est-ce en lien avec les engagements du Rassemblement national à s'attaquer au déficit ? Peut-être en partie, même si des spécialistes ont jugé peu crédible la trajectoire annoncée. Disons que pour le marché financier, c'est l'intention qui compte : il aime entendre ce qu'il a envie d'entendre. Sur le front pétrolier, le Brent recule vers les 100 USD le baril sur les bonnes nouvelles et remonte un peu sur les mauvaises. Comme il y a eu une recrudescence (quel mot approprié !) des attaques dans le détroit d'Ormuz, il reprend un peu d'altitude ce matin.

Le marché, lui, reste polarisé entre être surinvesti sur l'intelligence artificielle, principalement via le Nasdaq 100, et être sous-exposé à l'insignifiance artificielle, pour reprendre la terminologie du stratège de Bank of America, Michael Hartnett. Il y voit une sorte de parallèle avec 1999, lorsque les indices résistaient grâce à une poignée de champions pendant qu'une part croissante de la cote s'affaissait. Pour le spécialiste, ce sont les PME américaines qu'il faut surveiller. Une cassure franche des indices qui les suivent signalerait que le problème ne relève plus seulement de la concentration boursière, mais d'un véritable pic d'optimisme sur la croissance. Son meilleur indicateur n'est pas le Russell 2000, mais deux ETF emblématiques : le SPDR S&P Midcap 400 et l'iShares Core S&P Small-cap ETF. A ce stade, ils progressent encore respectivement de 11,9% et 15,5% en 2026 : on est encore loin de la zone de danger. Mais comme je le soulignais il y a quelques jours, l'écart de performance avec le Nasdaq est en train de se creuser, signe qu'il se passe quelque chose.

Hartnett n'est pas excessivement inquiet pour autant. Il estime que Washington ne laissera probablement pas les taux casser le boom des investissements IA à l'approche des élections de mi-mandat. Si le marché obligataire dérape vraiment, Scott Bessent et son équipe sortiront de nouvelles armes de l'arsenal du Trésor, juge-t-il. Ce qui lui suggère une autre piste. "Acheter l'humiliation". En effet, après des années de massacre obligataire, Hartnett considère que le point d'entrée devient suffisamment intéressant pour commencer à rallonger la duration. Il en veut pour preuve que les rendements de certaines obligations de grands groupes technologiques ont tellement remonté qu'ils commencent à se rapprocher de ce que l'on attend traditionnellement des actions : autour de 7% pour Google, 7,5% pour Meta et plus de 8% pour Oracle sur certaines maturités longues. Si les investisseurs considèrent que le gouvernement américain ne laissera pas tomber l'écosystème IA, alors obtenir 7 ou 8% sur la dette de certaines entreprises qui financent ce boom commence à être très intéressant.

Pour terminer ce tour d'horizon matinal, quelques mots sur la Corée du Sud. L'indice local, le KOSPI, défraie la chronique (pas celle-là, la chronique en général) depuis deux ans avec ses 75% de hausse en 2025 et ses 65% de progression depuis le 1er janvier. On connaît la recette : Samsung Electronics et SK Hynix, deux des acteurs les plus au centre de l'IA au monde, pèsent 50% de la cote locale. Eh bien le KOSPI évolue toujours 24% sous ses meilleurs niveaux de l'année et sous-performe le Nasdaq 100 de 16% sur les deux derniers mois. Là aussi, il se passe quelque chose, même si la demande en puces mémoires n'a pas l'air de faiblir.

La journée sera marquée par la publication ce soir des minutes de la dernière décision monétaire de la Fed. Elles contiendront probablement des indications intéressantes alors que le camp du statu quo monétaire campe fièrement à 80% depuis plusieurs jours en ce qui concerne l'issue de la réunion du 28 octobre, après avoir pensé pendant une partie de septembre que les taux allaient continuer à monter.

L'indice MSCI AC Asia Pacific recule de 0,9%, plombé par le repli du KOSPI (-2%), tandis que le CSI 300 se distingue avec une progression de 0,3% et que le Hang Seng limite son repli à 0,6%.

La séance démarre en baisse de -0,6% à 7 817 points pour le CAC 40 à Paris. Le SMI cède 0,3% à 13 741 points à Zurich. Le Bel 20 recule de 0,8% à 5 527 points à Bruxelles.

Les temps forts économiques du jour

L'agenda macro :

  • 08h00 : Production industrielle (Allemagne)
  • 08h45 : Balance commerciale (France)
  • 13h00 : Taux hypothécaire moyen à 30 ans MBA (Etats-Unis)
  • 16h30 : Stocks de pétrole brut et d'essence de l'EIA (Etats-Unis)
  • 20h00 : Procès-verbaux du FOMC (Etats-Unis)
  • Le reste de l'agenda ici.

Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel) :

Les principaux changements de recommandations

  • Aéroports De Paris : Intesa Sanpaolo maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours réduit de 117 à 108 EUR.
  • Ahold Delhaize : UBS maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours réduit de 37 à 33 EUR.
  • ALK-Abello : Nordea Bank relève de conserver à acheter avec un objectif de cours de 280 DKK.
  • AMS-Osram: Deutsche Bank reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 19 à 23 CHF.
  • Amundi : Morgan Stanley reste à pondération en ligne avec un objectif de cours relevé de 96,40 à 98,60 EUR.
  • Burberry Group : AlphaValue/Baader Europe dégrade sa recommandation d'acheter à accumuler et réduit son objectif de cours de 1390 à 1240 GBX.
  • Diageo : Zacks relève sa recommandation de neutre à surperformance avec un objectif de cours relevé de 93 à 97 USD.
  • Eurofins Scientific : Goldman Sachs maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 85 à 89 EUR.
  • FDJ United : JP Morgan reste à sous-pondérer avec un objectif de cours réduit de 20 à 19 EUR.
  • Inchcape : UBS dégrade sa recommandation d'acheter à neutre et réduit son objectif de cours de 990 à 750 GBX.
  • L'Oréal : Morgan Stanley reste à pondération en ligne avec un objectif de cours réduit de 388 à 379 EUR.
  • La Française De L'Energie : Oddo BHF reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 42 à 35 EUR.
  • Legrand : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 168 à 170 EUR.
  • Melrose Industries : BNP Paribas relève de sousperformance à neutre avec un objectif de cours relevé de 450 GBX à 510 GBX.
  • Orange : Barclays reste à pondération en ligne avec un objectif de cours réduit de 16,50 à 15,50 EUR. JP Morgan maintient sa recommandation de surpondérer avec un objectif de cours relevé de 22,50 à 22,60 EUR.
  • Partners Group : BNP Paribas reste à neutre avec un objectif de cours réduit de 680 à 630 CHF.
  • Polypeptide Group : UBS relève sa recommandation de réduire à neutre avec un objectif de cours de 44 CHF.
  • Safran : UBS reste neutre avec un objectif de cours réduit de 370 à 350 EUR.
  • Skanska : SEB Bank relève sa recommandation de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 270 à 300 SEK.
  • UBS Group : Deutsche Bank maintient sa recommandation à l'achat et relève l'objectif de cours de 45 à 47 CHF.
  • Veolia Environnement : Deutsche Bank reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 39 à 37 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • Air Liquide émet 2 MdsEUR d'obligations.
  • Capgemini lance un programme de rachat d'actions pour neutraliser la dilution liée à son treizième plan d'actionnariat salarié.
  • Thales va déployer un radar de contrôle du trafic aérien aux îles Féroé pour le ministère danois de la Défense.
  • Eurazeo conclut un accord pour acquérir une participation majoritaire dans MIYA Water.
  • Forvia et le groupe Anand créent une coentreprise pour renforcer leur présence sur le marché automobile indien.
  • Assystem se voit confier par Orano l'urbanisation du système d'information du chantier Aval du Futur.
  • Xilam nomme une codirectrice générale.
  • SMAIO signe un accord de distribution avec DePuy Synthes pour accélérer son développement aux États-Unis.
  • Abionyx Pharma s'associe à OLON pour la fabrication de CER-001 en vue de sa commercialisation.
  • Les principales publications du jour: LDC, Bilendi, Vaziva, La Française De L'Energie, Ramsay Générale de Santé, Fermentalg.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

  • Le gouvernement néerlandais songe à diviser par deux sa participation dans ABN Amro, actuellement à 20,7%.
  • Porsche AG veut vendre des voitures plus chères et plus fiables.
  • Shell évacue certains salariés de ses plateformes du golfe du Mexique menacées par la tempête.
  • HSBC prévoirait d'importantes suppressions de postes dans la gestion de fortune au Royaume-Uni dans le cadre de sa transition vers l'IA.
  • Le régulateur brésilien reporte sa décision sur le contrat d'électricité d'Enel à São Paulo.
  • ViiV Healthcare, appuyé par GSK, atteint son critère d'évaluation principal dans un essai clinique avancé sur le VIH.
  • Halozyme étend sa collaboration avec ArgenX.
  • Deutz va supprimer 400 postes, principalement dans les petits moteurs.
  • Mediobanca finalise une émission d'obligations de 750 MEUR.
  • Wallenius Wilhelmsen lève 300 MUSD via un placement privé d'actions nouvelles.
  • Avolta décroche un contrat de 20 ans pour la gestion de boutiques duty-free à l'aéroport de Seattle.
  • ICOP saisit la Consob au sujet des communications de Webuild sur Trevi.
  • Les principales publications du jour: AB Industrivärden.

D'Amérique du Nord

  • Paramount Skydance a bouclé le rachat de Warner Bros. Discovery pour 110 milliards de dollars, soit l'une des plus grosses opérations de l'histoire des médias.
  • SpaceX cherche à lever 40 MdsUSD sous la conduite d'Apollo pour acheter des puces Nvidia, selon le FT.
  • Apple aurait prévu de lancer des appareils domestiques connectés, dont une sonnette, un thermostat et d'autres accessoires, développés dans le cadre d'un partenariat inhabituel avec LG Electronics, selon Bloomberg.
  • Chevron va céder des actifs intermédiaires dans le cadre de la restructuration du Bakken, avec des pertes évaluées entre 3 et 4 MdsUSD.
  • Uber rachète ezCater pour 2,3 MdsUSD afin de renforcer ses services de livraison de repas aux entreprises.
  • Les activités de Prudential Financial au Brésil et au Mexique suscitent l'intérêt de MetLife et de CNP.
  • Oneok finalise l'acquisition des actifs du bassin de Midland dans le Permien pour 4,425 MdUSD.
  • NextEra Energy envisage le rachat de Dominion Energy, mais la lieutenante-gouverneure de Virginie s'oppose au projet.
  • TechnipFMC décroche un contrat de conduites flexibles auprès de Petrobras.
  • Ares Management ne récupérera que la moitié de son investissement dans TalkTalk après l'accord avec BT Group.
  • Les principales publications du jour: Costco Wholesale.

D'Asie et d'ailleurs

  • Le bénéfice de Samsung Electronics devrait être multiplié par neuf au T3, avec des marges des puces stables.
  • BHP cède le concentrateur de nickel de Kambalda et des concessions à Gold Fields.
  • Toshiba dément les discussions rapportées concernant l'unité de têtes magnétiques de TDK.
  • Tokyo Electron devrait atteindre un bénéfice d'exploitation record de 1 000 milliards de yens (environ 5,6 milliards d'euros) grâce à la demande liée à l'intelligence artificielle.
  • Jio Platforms, la filiale de Reliance Industries vise une valorisation de 11 000 milliards de roupies (environ 101 milliards d'euros) pour son introduction en bourse.
  • Transsion, maison mère de Tecno, lance son introduction en Bourse à Hong Kong pour 3,4 milliards de dollars de Hong Kong (environ 384 millions d'euros).

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures